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lundi 20 décembre 2021

Fées d'autrefois

La danse des fées, œuvre de Hans Zatzka (1859-1945)




   Vous ne venez donc plus, dans un rayon de lune
   Danser sous les bosquets à l'heure de minuit,
   Ceintes de diamants, au front portant, chacune
   Une couronne d'or qui dans l'ombre reluit ?

   On vous voyait, jadis, baigner vos membres frêles
   À la source d'azur où se mirent les cieux ; 
   On entendait vos chants dans les vieilles tourelles
   Éveillant les échos des soirs mystérieux. 

   Auprès des doux berceaux des demeures altières,
   Vous aimiez à venir formuler des souhaits ; 
   Puis vous apparaissiez dans les pauvres chaumières
   Où l'on parlait de vous en tournant les rouets. 

   Ah ! c'était le bon temps où les jeunes princesses
   Avaient pour les sauver de beaux princes charmants, 
   Où Morgane aux grands bois racontait ses tristesses,
   Le temps de la magie et des enchantements.

   Maintenant jamais plus on n'évoque vos ombres,
   Nymphes, sylphes de l'air, lutins si familiers ; 
   On ne croit plus en vous et, par les nuits très sombres, 
   Le vent seul vient gémir au tournant des sentiers. 

                                  Marie-Anne Routhier (1926)



Tiré de : revue Le Terroir, février 1926. Le poème est également paru dans Le Soleil (Québec) du 9 mars 1929. En 1926, ce poème a valu à son auteure la Lyre d'or, premier prix du concours annuel de la Société des poètes canadiens-français.

Pour en savoir plus sur Marie-Anne Routhier, voyez la notice biographique et les documents présentés sous ses poèmes L'île d'Orléans et Nuit d'étoiles (cliquer sur les titres). 


Marie-Anne Routhier-Lachance (1863-1930)

(Source : Madeleine Huguenin, Portraits de femmes,
Montréal, éditions La Patrie, 1938, p. 167)
 
Le concepteur de ce carnet-web a publié l'ouvrage en deux 
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jeudi 15 juillet 2021

Nuit d'étoiles

Marie-Anne Routhier-Lachance (1863-1930).
L'ange pointant vers le ciel orne son monument funéraire
au cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à Québec.

(Sources : Photo de Marie-Anne Routhier-Lachance : Madeleine Huguenin, 
Portraits de femmes, Montréal, éditions La Patrie, 1938, p. 167.
Photo de la sculpture de l'ange : Daniel Laprès, 13 juillet 2021)




   Qui n'a, de la douleur, subi la dure étreinte ?
   Souvent l'âme gémit sous le doute et la crainte.
   Heureux est le penseur par le rêve emporté
   Dans des sphères de paix et d'immortalité,
                         Quand le ciel plein d'étoiles
                         Sur nous lève ses voiles,
                         Laissant du Créateur
                         Éclater la grandeur.

   Des astres scintillants le gracieux cortège
   Calme le malheureux, et sa misère, allège ;
   Plus vaste est son espoir... et plus vains sont les bruits,
   Quand il sait trouver Dieu dans la splendeur des nuits.
                         Mais si ta vie est sombre,
                         Si tu pleures dans l'ombre,
                         Les astres, fleurs des cieux,
                         Vont sourire à tes yeux. 

   Tu seras consolé dans l'intime souffrance.
   Que d'autres avant toi, quand mourait l'espérance,
   Ont levé leurs regards... et soudain tout a lui : 
   Sur l'aile de l'amour, leur tourment avait fui.
                         De leur malheur suprême,
                         Il ne reste plus même
                         ― Puisque tout doit finir ―
                         Un faible souvenir.

   Viens, consolante nuit, calme l'inquiétude,
   Et répands tes clartés sur cette solitude
   Que crée, en s'éteignant, le beau jour qui finit.
   Ton azur constellé verse ta paix, ô nuit !
                         À ceux dont le beau rêve
                         Dans la douleur s'achève,
                         Et qui pleurent mortels,
                         Sous les cieux éternels !

                        Marie-Anne Routhier-Lachance (1928)



Tiré de : revue Le Canada français, publication de l'Université Laval, Québec, décembre 1928, p. 230.

Pour en savoir plus sur Marie-Anne Lachance-Routhier, voyez la notice biographique et les documents sous son poème L'île d'Orléans


Le poème Nuit d'étoiles, ci-haut, de Marie-Anne
Routhier-Lachance, est paru dans le numéro de
décembre 1928 de la revue Le Canada français.

(Cliquer sur l'image pour l'élargir)

Monument funéraire de Marie-Anne Routhier-Lachance
au cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à Québec.

(Photos : Daniel Laprès, 13 juillet 2021 ; cliquer sur l'image pour l'élargir)


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mardi 16 mars 2021

L'île d'Orléans

Marie-Anne Routhier-Lachance (1863-1930)

(Source : Madeleine Huguenin, Portraits de femmes,
Montréal, éditions La Patrie, 1938, p. 167)




              Le soir, quant tout repose, 
              Que l'horizon changeant 
              Jette un nuage rose
              Sur le fleuve d'argent,

              Je sens la poésie
              Se dégager de toi,
              Île vraiment choisie
              Et bien digne d'un roi.

              Royale, tu l'es : même
              Ton titre est enlacé
              Aux lys d'un diadème
              Brillant dans le passé...

   Je voudrais rappeler tes anciennes légendes
   Où la voix des aïeux se fait entendre encor ;
   J'aimerais à parler du parfum de tes landes,
              De tes champs couleur d'or.

   Que ne puis-je évoquer ces fantômes, ces ombres,
   Qui charmèrent jadis notre esprit enfantin,
   Ces légers feux-follets qui, par les nuits très sombres,
              Erraient jusqu'au matin.

              Sur ma trop faible lyre,
              Que je voudrais pouvoir,
              Ô terre que j'admire,
              Te célébrer ce soir !

              Chanter la poésie
              Qui s'exhale de toi,
              Île vraiment choisie,
              Bijou digne d'un roi !

                       Marie-Anne Routhier-Lachance* (1928)



Tiré de : revue Le Canada français, Québec, décembre 1928, p. 229.

*  Marie-Anne Routhier est née à Québec le 3 mai 1863, de François-Xavier Routhier et de Zoé Tourangeau. On ne sait pas où elle fit sa scolarité, mais ses œuvres poétiques témoignent de connaissances littéraires approfondies, du genre de celles que les jeunes filles de l'époque acquéraient au couvent des Ursulines, à Québec.
    En 1903, elle épousa Arthur Lachance, avocat, qui deviendra plus tard député puis juge. Il fut l'un des deux procureurs de la Couronne dans la cause fameuse d'Aurore Gagnon, dite « l'enfant martyre ».
   Elle publia de nombreux poèmes qui sont restés dispersés dans divers journaux et revues, dont Le Canada français (de l'Université Laval) ; Le Terroir ; la Revue franciscaine ; La Presse ; Le Soleil ; L'Écho du Saint-Maurice, etc. Une bonne partie de son œuvre poétique n'a pas été publiée et fut détruite.
   En 1926, elle se vit attribuer la Lyre d'or, premier prix du concours annuel de la Société des poètes canadiens-français, pour son poème Les fées d'autrefois.
   Atteinte d'une grave maladie une quinzaine d'années avant son décès, sa mobilité devint de plus en plus réduite et elle passa les dernières années de sa vie confinée à sa chambre, où elle continua de composer des poèmes et où elle recevait de fréquentes visites de divers journalistes et écrivains, dont « Ginevra » (nom de plume de Georgina Lefaivre, chroniqueuse littéraire au Soleil), et « Madeleine » (nom de plume d'Anne-Marie Gleason-Huguenin, femme de lettres montréalaise). 
  Marie-Anne Routhier-Lachance est morte à Québec le 3 février 1930. Elle repose au cimetière Notre-Dame-de-Belmont, à Québec.
(Sources : Madeleine Huguenin, Portraits de femmes, Montréal, éditions La Patrie, 1938, p. 166 ; Marie-Paule Desjardins, Dictionnaire des femmes célèbres et remarquables de notre histoire, Montréal, Guérin, 2007, p. 427 ; Le Soleil, 6 et 8 février 1930). 

De Marie-Anne Routhier-Lachance, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Nuit d'étoiles.


Le poème L'île d'Orléans, ci-haut, d'Anne-Marie
Routhier-Lachance, est paru en décembre 1928
 dans la revue littéraire Le Canada français.
Pour consulter ce numéro de la revue, cliquer ICI.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Dans son ouvrage Portraits de femmes, paru en 1938,
Madeleine Gleason-Huguenin, femme de lettres très
active dans la vie littéraire montréalaise du temps,
présente un beau et émouvant portrait de Marie-
Anne Routhier-Lachance, décédée huit ans plus tôt. 
Pour consulter ce témoignage, cliquer sur la 
couverture du volume :


Le Soleil du 10 février 1926 fait état de l'obtention
par Marie-Anne Routhier-Lachance de la Lyre d'or,
 premier prix du concours annuel de la Société des
poètes canadiens-français.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)


« Ginevra », nom de plume de Georgina Lefaivre
responsable des pages littéraires du journal Le
Soleil, de Québec, a consacré dans l'édition du 9
mars 1929 un article à la poésie de Marie-Anne 
Routhier-Lachance. L'article contient notamment 
les cinq strophes du poème Fées d'autrefois, qui
valut a l'auteur, en 1926, le premier prix annuel
de l'Association des poètes canadiens-français. 
Pour consulter l'article, cliquer 
sur la photo de Ginevra : 


Le Soleil, 4 février 1930. À noter que l'âge
de la défunte était 66 ans et non 64.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 5 février 1930. À noter que
l'âge de la défunte était 66 ans et non 64.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Le Soleil, 6 février 1930.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Hommage publié par « Ginevra », nom de plume de Georgina Lefaivre, directrice
des pages littéraires du Soleil, dans l'édition du 8 février 1930 de ce journal. 

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La Presse, 8 février 1930.

(Source : BANQ ; cliquer
sur l'image pour l'agrandir)

Hommage du père franciscain Marcel-Marie publié dans Le Soleil du 26 avril 1930,
soit deux mois et demi après la mort de Marie-Anne Routhier-Lachance.

(Source : BANQ ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)

L'île d'Orléans, chantée par Marie-Anne Routhier-Lachance dans le poème ci-haut.

(Source : Patrimoine culturel du Québec ; cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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