dimanche 21 octobre 2018

Lac des Deux Montagnes

Jean-Baptiste Proulx (1846-1904)
(Source : BANQ)




   Lac enchanteur, ô Lac des Deux Montagnes,
   Toi, sur les bords duquel je vis le jour ; 
   Toujours j'aimai tes riantes campagnes,
   Du toit natal le paisible séjour.
   Que j'aime encore à revoir, agréables,
   Tes rives, ô Lac, pour moi pleines d'attraits,
   Tes bords vêtus de bocages d'érables,
   Tes bois si verts, tes ombrages si frais.

   Aux jours d'antan, que d'heures enivrantes,
   Tranquille, assis sur ton rivage heureux,
   Je passai, Lac aux ondes miroitantes,
   À contempler tes grands horizons bleus ; 
   Les deux sommets de tes monts admirables
   Encore couverts de leurs vieilles forêts ;
   Tes bords vêtus de bocages d'érables,
   Tes bois si verts, tes ombrages si frais. 

   Je contemplais, dans le miroir des ondes, 
   Le firmament se reflétant d'azur,
   Où le soleil s'éteignait sur le monde,
   Le soir, dans un mystère clair-obscur ; 
   Où, sous mes pieds, ondoyant sur les sables,
   L'astre des nuits baignait ses pâles traits ;
   Ces bords vêtus de bocages d'érables,
   Ces bois si verts, ces ombrages si frais. 

   Les souvenirs d'un passé plein de gloire
   Se réveillaient sur la grève endormie : 
   Les Iroquois, enivrés de victoire,
   Comme des loups chassaient leurs ennemis ;
   L'apôtre, en ses courses infatigables,
   Sanctifiait, promenant ses bienfaits, 
   Ces bords vêtus de bocages d'érables,
   Ces bois si verts, ces ombrages si frais.

   Le grand Champlain, sur son canot d'écorces,
   D'un continent ouvrant les profondeurs, 
   Là, sous les pins, la nuit, refit ses forces
   À la clarté de blafardes lueurs ;
   Nouveau héros des héroïques fables,
   Jolliet vit, salua, passant près,
   Ces bords vêtus de bocages d'érables,
   Ces bois si verts, ces ombrages si frais. 

   Beaux jours d'été, jours de fraîche jeunesse,
   Pourquoi couler vite comme ces flots ?
   Arrêtez, jours de tranquille allégresse,
   Trop tôt viendront les chagrins, les sanglots.
   Il fait si bon, jouissances délectables,
   De parcourir sans soucis, sans regrets,
   Ces bords vêtus de bocages d'érables,
   Ces bois si verts, ces ombrages si frais.

   Mais l'avenir, par derrière son voile,
   Apparaissait plein d'épouvantements :
   Quelle sera là-haut pour moi l'Étoile,
   Brillant au sein de tous mes errements ?
   Sondant de l'oeil les ondes insondables,
   Rêveur, cherchant la clef d'obscurs secrets,
   Je parcourais ces bocages d'érables,
   Ces bois si verts, ces ombrages si frais. 

   Soyez cet astre, Étoile bienfaisante,
   Dont la lumière éclaire au paradis ;
   Toujours guidez, sur la mer inconstante,
   Ma frêle barque au milieu des roulis.
   Et quelquefois, par des vents favorables,
   Ramenez-la vers ces rives de paix,
   Ces bords vêtus de bocages d'érables,
   Ces bois si verts, ces ombrages si frais. 

                    Jean-Baptiste Proulx (1897)



Tiré de : Jean-Baptiste Proulx, Dans la Ville Éternelle, Montréal, Granger Frères libraires-éditeurs, 1897, p. 170-172.

Pour en savoir plus sur Jean-Baptiste Proulx, cliquer ICI

Le poème Lac des Deux Montagnes, ci-haut,
est tiré de Dans la Ville Éternelle, récit de
voyage de Jean-Baptiste Proulx paru en 1897.
Le livre est téléchargeable gratuitement ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir) 

Le Lac des Deux Montagnes au matin (Photo Robert Warren)

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