jeudi 1 mars 2018

Sur les montagnes

W.-Athanase Baker (1870-1949)
(Source : Son recueil Les Disques d'airain)





   La pluie au pied des monts passe en carrés épais,

   Tel un escadron de lanciers en rangs parfaits,
   Traînant comme un canon la foudre derrière elle. 
   Les oiseaux vers leurs nids volent à tire d'aile. 

   Il pleut tant que les grands bouleaux semblent rouillés ;
   L'éclair, prunelle qui luit aux cieux verrouillés,
   Éclate avec fureur aux barreaux des nuages
   Comme un fauve enchaîné sur le char des orages. 

   Cependant sur les monts l'étoile brille encor
   Tombant sur les sommets comme une neige d'or ;
   Quand la foudre ébranle et terrorise la terre,
   Il n'est qu'azur joyeux sur la montagne altière. 

   Le soleil baisse et de lassitude s'endort,
   Couvrant les hauts monts de sa chevelure d'or ;
   Tandis que les vallons où s'épaissit la brume
   S'enfoncent engourdis comme en un lit de plume.

   Puis vient la nuit qui sème au ciel les clairs saphirs,
   Le silence éveille un orchestre de soupirs ; 
   La nature, simple et sublime par routine,
   Nous murmure sans cesse une chanson divine. 

                William-Athanase Baker* (mars 1918)


Tiré de : W.-A. Baker, Les Disques d'airain, Montréal, éditions Le Pays Laurentien, 1918, p. 57-59.

* Né à Beauharnois en 1870, William-Athanase Baker est le fils de L. R. Baker et de Flavie Branchaud. Étudiant en droit à l'Université de Montréal, il publia à partir de 1891 ses poésies et proses dans divers journaux, sous le pseudonyme de Beck. Devenu avocat en 1895, il continua de s'intéresser à la littérature, ayant publié une comédie, Place à l'amour, jouée en 1904 au Théâtre National. En juillet 1909, Baker est admis à l'École littéraire de Montréal
Dans l'article qui lui est consacré dans le Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord (1989), on peut lire : « Ses oeuvres en prose et en vers n'ont pas eu le retentissement qu'elles méritent. La plupart des historiens de la littérature ignorent même son nom ». Pourtant, du vivant même de Baker, J.-L.-L. d'Artrey, dans son Anthologie internationale (1927), présentait cet avocat passionné de littérature comme « un noble et bon poète », tandis que son contemporain le poète Albert Ferland a dit de lui : « Ses lectures affectionnées, Emerson, Taine, Pascal, Goethe surtout, ont visiblement influencé le poète vers la gravité d'une poésie philosophique ». 
« On retrouve dans sa poésie les vieux thèmes de l'humanité : amour, joie, espoir, émerveillement, mélancolie, dans le cadre de la grande nature ». 
Dans l'édition 1922 de l'annuaire Biographies canadiennes-françaises, on apprend notamment qu'« en politique, il a appuyé activement le mouvement ouvrier ».  
Résident du quartier Viauville, dans l'actuel arrondissement d'Hochelaga-Maisonneuve dans l'est de Montréal, il meurt en 1949. 
(Sources : Dictionnaire des auteurs de la langue française en Amérique du Nord, Montréal, éditions Fides, 1989 ; Dictionnaire des poètes d'ici de 1609 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005 ; Biographies canadiennes-françaises, Montréal, 1922). 

Les Disques d'airain, recueil de W.-A. Baker
publié en 1918, dans lequel se trouve le
poème Sur les montagnes, ci-haut.
Pour consulter ou télécharger gratuitement
 le recueil, cliquer ICI.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Signature de W.-A. Baker dans son recueil d'essais
Proses et Pensées, Montréal, 1911. La dédicace est
adressée à Pierre Boucher de Crèvecoeur, conservateur de
la Bibliothèque de l'Institut Fraser. (Collection Daniel Laprès ;
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Notice nécrologique parue
dans Le Devoir, 15 juin 1949.
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

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