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vendredi 17 janvier 2020

Regrets

Léo d'Yril, nom de plume
d'Émile Venne (1896-1975)


(Source : Dictionnaire Guérin des
poètes d'ici de 1606 à nos jours
)




   Vois. Il repose là, sous ce tertre vieilli
   Par l'érosion lente et les saisons mauvaises.
   C'est là que son grand front, que la mort a pâli,
   À vingt ans s'est couché dans sa bière d'oubli,
   Dans un cercueil de chêne, emmi la glabre glaise.
                 C'est là, vois, mon ami. 

   Nous reviendrons peut-être à ce tombeau, meurtris
   Par la souffrance et tordus par la vie.
   Nous ne retrouverons que ce calme poli.
                 C'est là, vois, mon ami. 

   Jamais ne reviendront ces heures de jeunesse
   Où nous étions ensemble, où nous avions l'ivresse
   Commune et pénétrante. Il est parti, tu vois.
   Et c'est deux ans déjà, qu'une dernière fois
   Nous étions tous les trois tout un, lui, toi et moi.
                 C'est là, vois, mon ami.

   Rien n'a plus d'intérêt, aujourd'hui, dans sa ville
   Qui nous parut si belle ― et maintenant si vile ―
                 Deux ans déjà, tu te rappelles ?
   Rien. Il a tout emporté. Même cet amour d'elle
   Qui m'émouvait, ― que tu aimais, ―, tu te rappelles.

   Il a tout emporté qui était beau ici.
   Même la grandeur triste et douce du pays. 
                 Sous ce tertre vieilli.
                 C'est là, vois, mon ami. 

   Nous passerons tantôt, inquiets, dans la rue
   Où tous les trois ― deux ans déjà, comme c'est loin ―
   Nous aimions promener notre vie ingénue
   Et nos rêves ― deux ans déjà, comme c'est loin. ―
   
   Cette rue, aujourd'hui, n'a plus que de l'ennui,
   Il n'est plus là, vois-tu. Le charme, c'était lui. 
   Oh ! je sais que les gens rencontrés nous saluent,
   Et machinalement tu réponds de la main. 

                 Mais il n'est plus là, lui.
                 Viens-t'en, c'est triste.
                 Nous reviendrons demain.
                 Oui, là, vois, mon ami. 

                                   Léo d'Yril* (Québec, 3 août 1919)





Tiré de : Almanach de la langue française, Montréal, Ligue d'Action française, 1923, p. 100-101.


Ce dessin de Léo d'Yril accompagne son poème Regrets,
dans l'édition 1923 de l'Almanach de la langue française.


(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


* Émile Venne, dont le nom de plume est Léo d'Yril, est né à Montréal le 10 juillet 1896, de Joseph Venne, architecte, et de Philomène Boucher. Il a étudié au Collège Mont-Saint-Louis, à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Montréal, où il obtint son diplôme en 1918. Il fréquenta également l'École des Beaux-Arts de Paris afin d'y parfaire sa formation.
  Architecte, il pratiqua à Québec durant les années 1920. En 1931, il reçut un diplôme d'architecture du gouvernement français. En 1937, il fut nommé chef de la section d'architecture à l'École des Beaux-Arts de Montréal, alors qu'il y enseignait. Il conserva ce poste jusqu'en 1960, année où il se retira de l'Ordre des Architectes et s'installa à Saint-Basile-le-Grand. Quelques années plus tard, il reçut une médaille de la Société des architectes diplômés du gouvernement français. En 1919, il publia ses poèmes de jeunesse, dont le recueil porte le titre de Symphonies.
   Émile Venne est mort en 1975. Il avait épousé Marguerite Potvin le 14 septembre 1922, à Montréal.
(Sources : Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome 2, Montréal, éditions Fides, 1981, p. 1050-1051; Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Montréal, éditions Guérin, 2005, p. 1337).

De Léo d'Yril, les Poésies québécoises oubliées ont également présenté : Invitation. 



Le poème Regrets, ci-haut, est tiré de l'édition
1923 de l'Almanach de la langue française.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Symphonies est l'unique recueil de poésies
de Léo d'Yril. Paru en 1919, il est de
nos jours introuvable.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)


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samedi 9 décembre 2017

Le chemin de l'amour

Albert Lozeau (1878-1924)

(Source : P. de Grandpré, Histoire de la
littérature française du Québec
, tome 2)




   Pour aimer ton pays, va contempler les champs, 
   Les rivières, les bois et les coteaux penchants ; 
   Va regarder les fleurs, et va fouler les herbes 
   Au bord de la clôture où les moissons superbes
   S'inclinent, en t'offrant l'or de leurs clairs épis ; 
   Explore la forêt au somptueux tapis ; 
   Bois au ruisseau, franchis les montagnes, écoute : 
   Mille chants, mille bruits s'élèvent sous la voûte
   Sans cesse frémissante où filtre un peu d'azur ; 
   Prends, goûte : tout cela t'appartient, sois-en sûr ; 
   Regarde, emplis tes yeux du spectacle des choses ; 
   Retiens-en la splendeur sous tes paupières closes,
   Car c'est par le chemin des regards éblouis
   Qu'en ton âme, à jamais, pénètre le pays. 

                                        Albert Lozeau (1920) 



Tiré de : Almanach de la langue française, Montréal, Ligue des Droits du français, 1920, p. 71. 

Pour en savoir plus sur Albert Lozeau, cliquer ICI. 



Édition 1920 de l'Almanach de la langue française,
où Albert Lozeau a publié Le chemin de l'amour.
 

Illustration accompagnant le poème Le chemin de l'amour
dans l'édition 1920 de l'Almanach de la langue française.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

D'Albert Lozeau, on peut encore se procurer de nos jours dans toute
bonne librairie ses Oeuvres poétiques complètes (712 p. ; informations
ICI) et ses Lettres à Marie-Antoinette (informations ICI). 


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